Une équipe de chercheures1 sous la
direction de Nancy Guberman, professeure au département de travail social,
obtenait récemment du CRSH une subvention de recherche stratégique
(environ 100 000 $) afin de mieux cerner les enjeux, les apports et les
problèmes entourant les pratiques de participation, de pouvoir et de
démocratie dans les groupes de femmes au Québec2, surtout en ce qui
concerne leurs membres/usagères. La recherche, d'une durée de trois
ans, sera menée en partenariat avec deux organismes communautaires: le
Centre de formation populaire et Relais-femmes.
Les usagères au centre de l'analyse
Ce projet s'inscrit dans le
prolongement d'une autre recherche qui avait permis d'identifier plusieurs
éléments constitutifs de la culture organisationnelle des groupes
de femmes: peu de hiérarchie, fonctionnement par consensus, circulation de
l'information, mécanismes de résolution de conflits, etc. Il s'agit
de groupes autonomes de femmes offrant des services spécifiques ou se
vouant à la défense de droits particuliers (centres
d'hébergement, maisons de santé, etc.). Toutefois, la place et le
rôle des usagères des services ou des participantes, notamment dans
les structures décisionnelles et la gestion des groupes, n'avaient pas
été analysés, une lacune que le projet de recherche actuel
entend combler.
En fait, explique Mme Guberman, «nous nous interrogerons sur l'arrimage
entre le pouvoir des intervenantes (les productrices de services) dans les
groupes et celui des membres/usagères. On se rend compte que les pratiques
de démocratie participative impliquent presque uniquement les
salariées et occasionnellement les militantes actives». Enfin, on
constate, dans plusieurs groupes, une faible représentation des
membres/usagères dans les instances formelles de gestion: assemblée
générale, conseil d'administration, etc.
D'autres objectifs
Par ailleurs, le projet de recherche poursuivra d'autres
objectifs spécifiques: cerner, pour les intervenantes des groupes de
femmes, le contenu réel des notions de participation, de pouvoir et de
démocratie, ainsi que leur articulation dans les discours et les
pratiques; identifier les temps et les lieux formels et informels de pouvoir des
membres/usagères, de même que les processus et manifestations
concrètes de leur pouvoir; développer, avec des partenaires
privilégiés, des propositions d'outils pédagogiques de
support aux interventions, etc. «Les femmes, souligne Mme Guberman, tout en
expérimentant de nouvelles avenues, se questionnent beaucoup sur les
relations de pouvoir et la démocratie. Aussi, nous voulons les aider
à photographier leur pratique, à identifier et à nommer leur
culture spécifique».
Des retombées concrètes
L'équipe de recherche aura
recours à plusieurs techniques de cueillette de données: entrevues
individuelles, observation participante et une douzaine de focus groups
comprenant des permanentes, des militantes actives dans les instances
décisionnelles et des membres/usagères. Des sessions de formation
pour les intervenantes des groupes, ainsi que des monographies, sont aussi
prévues. «Les résultats de la recherche, de préciser
Mme Guberman, devraient contribuer à ce que les groupes de femmes
consolident et transforment leurs pratiques démocratiques, tout en
éclairant les décideurs politiques sur le rôle
stratégique que jouent ces groupes dans le processus d'accès
à une citoyenneté active».