Volume XXV Numéro 7, 7 DÉCEMBRE 1998
14/09/98 28/09/98 12/10/98 26/10/98 9/11/98 23/11/98 07/12/98
18/01/99 01/02/99 15/02/99 01/03/99 15/03/99 29/03/99 12/04/99
LA UNE

Serge «Indiana» Lebel
Sur la piste de l'Homme de Néandertal


Jean-Claude Robert médaillé de la Société royale du Canada

Lutte contre les gaz à effet de serre


SOMMAIRE DU NUMÉRO

Médaille de l'UQAM à Richard Guay

GREF UQAM
Mieux connaître les forêts anciennes


Formation virtuelle
L'univers du roman québécois


Sciences mathématiques
L'ISM a le vent dans les voiles


Atlas électronique du Québec
Un nouveau site pour traiter l'information économique


Un nouvel institut de formation dans le domaine du transport

UQAM verte
Consultation publique sur une politique environnementale


Un emploi d'été dans une autre province canadienne ?

Titres d'ici

Appui aux victimes de l'ouragan Mitch

LETTRE À L'UQAM

NOUVELLES ADRESSES

INVITATION AUX RETRAITÉS

Galerie de l'UQAM
Pleins feux sur les étudiants


Zoom sur Borduas photographe

Exploit en design graphique
Médaille d'argent lors de biennale de Mexico


Serge «Indiana» Lebel

Sur la piste de l'Homme de Néandertal
Étudiants participant à l'École de fouilles de l'UQAM sur le site du Bau de l'Aubésier (France).

Pendant que certains en sont encore à planifier leurs vacances hivernales, Serge Lebel, professeur associé au département des sciences de la terre, songe déjà à l'été prochain et à l'importante mission qui l'attend. C'est que le préhistorien n'a de cesse de retourner explorer le site du Bau de l'Aubésier, un vaste abri sous roche situé dans le Sud-Est de la France, où l'équipe internationale d'archéologues qu'il dirige a mis à jour, notamment, un espace d'habitation et des foyers de combustion vieux de plus de 200 000 ans! Bien que désireux de pouvoir pousser encore plus loin ses investigations au fond de l'abri, le professeur Lebel, dans l'intervalle, a largement de quoi s'occuper. Fait rarissime dans le domaine de l'archéologie, il a obtenu de la France l'autorisation de sortir du matériel, lequel se retrouve ici, à l'UQAM, pour des fins d'analyse. Il s'agit en fait de vestiges étonnants (pierres et os taillés, fragments osseux de grands mammifères, dents de Néandertaliens, sols noirs indiquant une forte élévation thermique, etc.) qui, selon toute vraisemblance, devraient permettre d'en apprendre davantage sur cet être méconnu qu'est l'Homme de Néandertal1.

Néandertal? Pas si bête que ça!
Les résultats des fouilles réalisées par M. Lebel et son équipe sur le site du Bau de l'Aubésier tendent à suggérer que l'Homme de Néandertal, aurait eu des comportements «problématiques» par rapport à la représentation archéologique qui a longtemps prévalu à son sujet. Ainsi, de souligner M. Lebel, on pensait que les Néandertaliens étaient essentiellement nomades, ne maîtrisaient le feu que de façon élémentaire, possédaient un outillage plutôt rudimentaire, n'étaient pas des chasseurs très actifs et étaient peu organisés socialement. Or, tout en restant prudent - «ça va prendre plus que le Bau pour tout savoir sur l'Homme de Néandertal!» -, le professeur Lebel constate qu'il faudrait peut-être réviser certaines idées reçues.

En effet, les différentes couches de sédiments et les divers niveaux anthropiques superposés, riches en matériel archéologique et distants dans le temps, que l'équipe de M. Lebel a dégagés au Bau de l'Aubésier, semblent favoriser de nouvelles interprétations du vécu néandertal. Ainsi, on a remarqué, parmi les restes de mammifères, une forte occurrence du cheval et de l'aurochs, ce qui tendrait à démontrer que les néandertaliens chassaient selon une certaine stratégie plutôt qu'au gré des aléas. De plus, certains os ont été brûlés à de très hautes températures ce qui suggérerait une plus grande maîtrise du feu qu'on ne l'avait envisagée jusqu'alors pour l'Homme de Néandertal. Enfin, non seulement il apparaît que la grotte du Bau avait un caractère de «revenez-y» pour les néandertaliens (on y a retrouvé des matières premières comme du silex qui provenait de régions situées à 25-30 km de l'abri), mais encore, certains niveaux ont conservé de manière exceptionnelle des os servant d'outils sur lesquels on distingue très nettement des traces de raclage. Or, on pensait jusqu'à ce jour que l'Homme de Néandertal ne travaillait que la pierre! «C'est en cours d'étude actuellement, mais si cela se confirme, ça va faire péter les plombs!», de dire le professeur Lebel qui ne cache pas son enthousiasme.
M. Serge Lebel, professeur associé au département des sciences de la terre.

Dix ans de fouilles
Il importe de savoir qu'avant d'en arriver là, M. Lebel et son équipe ont travaillé ferme sur ce site qui avait été découvert en 1901, mais abandonné ensuite sans qu'un véritable travail de recherche ait été mené. C'est en 1987 que M. Lebel obtiendra ses premières subventions2 et surtout, après moult péripéties, les autorisations nécessaires pour diriger une équipe en vue d'entreprendre des fouilles dans cette grotte monumentale. «Au départ, je trouvais le site difficile d'accès, loin des routes. Mais, mon optimisme a pris le dessus. Les premières années, ce fût difficile. [...] On n'avait pas les bons outils, le sol était très dur, etc. Sauf que j'ai continué à gratter dans des secteurs où personne n'avait fouillé auparavant». Les années qui allaient suivre furent effectivement fertiles en découvertes, dont notamment des foyers et des surfaces d'habitation trouvées dans des niveaux allant de 40 000 à 200 000 ans d'âge, riches en objets archéologiques et présentant des caractéristiques uniques au monde.

Une valeur pédagogique
Au début de ses travaux, dans cette région du Sud-Est de la France, M. Lebel a rencontré la méfiance des habitants qui le considéraient, lui et son équipe, un peu comme des «pilleurs». Il a donc commencé à donner des conférences publiques dans les villages, a organisé des visites sur le site, etc. Mais ce n'est pas là le seul bénéfice pédagogique direct de l'aventure. En effet le site du Bau de l'Aubésier fait aussi l'objet de l'École de fouilles de l'UQAM qui accueille chaque été une vingtaine ou plus de stagiaires, provenant de différentes universités, afin de leur permettre de s'inititer aux rudiments du travail sur le terrain3. À noter que c'est autour du mois de mai prochain que la prochaine mission débutera. Une histoire à suivre...


  1. Les néandertaliens ont vécu de 200 000 à 35 000 ans avant notre ère. De petite taille (environ 1,65 m), trapus et dotés d'un crâne volumineux, le front large et saillant, présentant une robustesse générale au niveau des articulations, ils ont côtoyé, pendant un certain temps, homo sapiens sapiens, notre ancêtre. Leur disparition demeure, encore aujourd'hui, une véritable énigme pour les paléoanthropologues.
  2. Depuis dix années consécutives, M. Lebel a obtenu des subventions totalisant 430 000 $ du CRSH du Canada, dont 120 000 $ pour la période 1998-2001. Il a également obtenu d'autres appuis financiers, entre autres, ceux du ministère de la Culture et de la Communication de France, du Conseil Général de Vaucluse, de l'UQAM (25 000 $ pour les stages), de l'Office franco-québécois pour la jeunesse.
  3. Les étudiants intéressés à poser leur candidature peuvent le faire dès maintenant. Pour informations, on communique avec le département des sciences de la terre au 987-3000 poste 4194.