Où localiser un site d'enfouissement sanitaire? Que recommander aux
agriculteurs en matière d'épandage de fumier de porc? Comment
planifier la coupe forestière tout en respectant les autres utilisateurs
de la forêt? Autant de questions importantes pour l'environnement et les
populations, mais qui représentent souvent un casse-tête pour les
responsables des administrations régionales et locales. La situation
devrait toutefois évoluer sous peu, grâce aux efforts de
Jean-Philippe Waaub et de Benoît St-Onge, professeurs au département
de géographie et membres du GEIGER1. Ces derniers viennent en effet de se
voir octroyer par Québec2 une subvention de 225 000 $ pour mener à
terme un projet-pilote3 visant à créer un logiciel d'aide à
la décision en matière d'aménagement et de
développement durable du territoire. En tant que partenaire, L'Agence de
Traitement de l'Information Numérique de l'Outaouais (L'ATINO) a
également investi un montant équivalent, portant ainsi le
financement à près d'un demi-million de dollars.
Les objectifs
La création d'un outil de gestion intégrée
des ressources, basé sur un cadre écologique de
référence - dans le cas présent, la MRC de Papineau, et
éventuellement, la région administrative de l'Outaouais -
permettra, selon M. Waaub, de mieux répondre aux besoins des
décideurs et aménagistes régionaux. D'une part,
rappelle-t-il, les gestionnaires du territoire sont de plus en plus sensibles aux
enjeux environnementaux et à la pertinence d'adopter une approche globale
du territoire, plutôt que sectorielle (forêt, agriculture,
récréo-tourisme, etc.). D'autre part, la décentralisation
des responsabilités vers les administrations régionales et locales
oblige de plus en plus les municipalités à faire appel aux
développements technologiques récents, afin de pouvoir disposer du
maximum d'informations et de connaissances, leur permettant de prendre des
décisions plus éclairées dans les dossiers de gestion du
territoire.
Les phases du projet
La réalisation de ce projet, d'une durée de
trois ans, comporte deux phases importantes. La première vise à
constituer un «atlas environnemental» qui offrira une multitude
d'informations essentielles à une gestion intégrée du
terrritoire. Ceci impliquera, notamment, la cueillette de données sur le
milieu naturel (données géologiques et hydrogéologiques,
forestières, agro-climatiques, espèces menacées et aires
protégées, etc.) et le milieu humain (infrastructures, limites
administratives, urbanisme, santé, etc.). Une fois ces données
recueillies et structurées, et après avoir conçu les
planches thématiques appropriées, les chercheurs impliqués
dans le projet passeront à l'analyse de problématiques
environnementales concrètes, comme par exemple les risques de glissement
de terrain dans la région ou la vulnérabilité des nappes
aquifères à la pollution, selon une approche multicritères.
«La méthode traditionnelle utilisée par les décideurs,
souligne M. Waaub, ramène généralement tout à
l'économie. Les méthodes et les procédures d'analyse
développées par le GEIGER conservent les valeurs non
économiques pour en faire des variables d'aide à la décision
pour les gestionnaires du territoire».
La seconde phase du projet, dira M. Waaub, consistera à rendre le
logiciel le plus convivial possible. Pour ce faire, les chercheurs ont
prévu divers mécanismes, dont la préparation d'un interface
graphique facile d'accès, la production d'un guide de formation technique
à l'intention des usagers et la réalisation, à l'intention
notamment des décideurs, d'un document de vulgarisation des informations
contenues dans l'atlas.
Les retombées
Le projet aura d'abord des retombées
concrètes sur la formation puisque l'équipe composée
d'environ neuf chercheurs et professionnels, comptera de quatre à cinq
étudiants poursuivant des études supérieures à
l'UQAM. De plus, le projet entend contribuer à une meilleure gestion de
l'environnement, notamment dans la région de l'Outaouais. Toutefois, selon
le GEIGER et L'ATINO, les problématiques abordées pourraient
être applicables à la grandeur du Québec, voire même
à l'échelle mondiale. Ces deux partenaires sont d'ailleurs
vivement intéressés à breveter les méthodes et les
procédures d'analyse qui seront développées au cours du
projet. De fait, le potentiel commercial se situerait non seulement du
côté logiciel, mais également du côté du service
(formation, guide d'utilisation). Bref, un dossier qu'il faudra continuer
à suivre dans les années à venir.