Dernièrement, à l'UQAM, se constituait un groupe visant à
développer une réflexion systématique sur la
problématique de l'interdisciplinarité. Le groupe, composé
de chercheurs du Centre interdisciplinaire de recherche sur l'apprentissage et le
développement en éducation (CIRADE), de l'Institut des sciences de
l'environnement (ISE) et de l'Institut de recherches et d'études
féministes (IREF), entend organiser des rencontres de discussion avec
conférencier invité, développer un programme d'étude
et en diffuser les résultats. Selon Catherine Garnier, directrice du
CIRADE, «l'interdisciplinarité s'est développée au
gré des pratiques sans une véritable réflexion en profondeur
et sans lieux pour en débattre». En fait, les expériences
interdisciplinaires sont peu connues et il faudrait, croit-elle, les diffuser
afin de les valoriser et en accroître le nombre.
Qu'est-ce que l'interdisciplinarité ?
Pour certains chercheurs, les
disciplines reposeraient sur des méthodes ou des approches qu'elles
appliqueraient ensuite à différents objets (sociologie de la
religion, de la science, du travail, etc.). L'interdisciplinarité1, pour
sa part, s'attacherait à un objet d'étude pour l'aborder sous tous
les angles, adoptant successivement ou simultanément le point de vue de
disciplines déjà constituées. Par exemple, la recherche sur
les matériaux nouveaux en sciences physiques relèvent autant de la
chimie, de la physique que de la biologie. Pour les partisans de
l'interdisciplinarité, les disciplines se seraient
institutionnalisées et auraient tendance à générer
une dynamique de cloisonnement peu favorable au développement de l'esprit
critique. Catherine Garnier, quant à elle, déplore l'existence de
«partitions disciplinaires partisanes».
Les avantages de l'interdisciplinarité
À l'UQAM,
l'éducation et les sciences de l'environnement, notamment, sont des champs
privilégiés où se développe
l'interdisciplinarité. Ainsi, en sciences de l'environnement, souligne Mme
Garnier, «on fait fi de la partition entre sciences naturelles et sciences
humaines, On fait le pari de combiner la physique, la biologie, les sciences
politiques, etc». Dans la conjoncture actuelle, ajoute-t-elle,
l'interdisciplinarité contribue non seulement à changer les
stratégies de recherche mais à faire travailler des équipes
de chercheurs. D'ailleurs, il existe des organismes subventionnaires qui
n'accordent de subventions qu'aux équipes interdisciplinaires. Enfin, Mme
Garnier insiste sur la pertinence sociale de l'interdisciplinarité. On ne
peut, selon elle, s'attaquer à des problèmes sociaux complexes et
globaux, comme celui du décrochage scolaire, sans faire appel à
l'aide et à l'interaction de chercheurs provenant de disciplines
différentes.
Catherine Garnier regrette qu'il n'y ait pas de reconnaissance
institutionnelle de ce qui fonde l'existence même de centres de recherche
comme le CIRADE, l'ISE ou l'IREF. Il faudrait, à son avis, une
volonté institutionnelle d'investissement en faveur de
l'interdisciplinarité, ainsi que la création de structures ou de
lieux d'échanges qui lui permettent de se maintenir et de
s'épanouir. «La science est en train de devenir une religion avec
ses ayatollahs, alors qu'elle devrait être un lieu de débats et de
remises en question, ce à quoi peut contribuer
l'interdisciplinarité».