Dans le cadre de la réorganisation de sa direction, l'UQAM a
créé un nouveau vice-rectorat à la recherche, à la
création et à la planification (VRRCP)1. En confiant ces dossiers
à un vice-rectorat distinct de celui de la formation, l'UQAM agit ainsi
comme la plupart des universités québécoises2. Pour en
savoir plus long sur le rôle et la mission du VRRCP, nous avons
rencontré sa responsable, Mme Louise Dandurand.
Un vice-rectorat consacré exclusivement à la
recherche-création
Pour Louise Dandurand, le fait de se donner un tel
vice-rectorat permettra de valoriser davantage la recherche tout en assurant une
plus grande animation. «La création du VRRCP vient consacrer un
état de fait, soit la maturité et la qualité de la recherche
qui se fait à l'UQAM». L'Université pourra également
exercer une présence encore plus forte à l'extérieur:
«Les différents paliers de gouvernement qui soutiennent la recherche
ciblent de plus en plus leurs interventions en fonction de domaines qu'ils jugent
prioritaires. Il importe donc que nous participions aux comités d'experts
et forums où se définissent les politiques d'appui à la
recherche, et ce afin que nos priorités et nos forces soient mieux
reconnues».
Les défis de la recherche-création
Selon la vice-rectrice,
l'UQAM ne pourra échapper à la nécessité de faire des
choix pour développer des créneaux stratégiques en
recherche. D'où l'importance, souligne-t-elle, de la planification
stratégique en tant qu'outil d'accompagnement pour que l'Université
fasse les choix qui s'imposent. «Un des premiers défis est de
bâtir des axes de force qui correspondent aux talents et aux expertises que
nous avons et de tout faire pour qu'ils grandissent». Mais, précise
Mme Dandurand, «cet accompagnement d'axes porteurs ne doit pas se faire au
détriment des initiatives individuelles de chercheurs dans
différents domaines. Ce n'est pas une entreprise exclusive». Parmi
les axes de force de l'UQAM en matière de recherche-création, Mme
Dandurand cite l'exemple des nouveaux médias et celui des biosciences.
Dans le premier cas, elle rappelle le dynamisme et la vitalité de secteurs
comme ceux des communications, des arts et de l'informatique. Quant au domaine
biomédical, elle note que le département des sciences biologiques
est un des plus performants au pays, sans compter l'important volume de
recherches tant en chimie qu'en biochimie.
La vice-rectrice insiste également sur la contextualisation croissante
de l'activité de connaissance. «Par contextualisation, on entend la
porosité croissante des frontières disciplinaires et la mouvance
des paradigmes qui demandent des collaborations et des associations accrues dans
divers champs. Cette contextualisation est aussi marquée au sceau de
l'insertion sociale de la recherche. Ainsi, il est essentiel que la recherche
soit comprise et il incombe aux chercheurs eux-mêmes de l'expliquer, pas
pour se justifier mais afin que les acteurs sociaux et les citoyens en
comprennent la valeur pour l'évolution de la société».
L'importance des partenariats
Les partenariats, soutient Mme Dandurand, sont
appelés à prendre de plus en plus d'importance. «Les
différents acteurs socio-économiques se rendent davantage compte de
la valeur de la recherche qui se réalise dans les universités. Et,
en même temps, ils sont de plus en plus critiques et exigeants». Pour
la vice-rectrice, l'époque de l'université «tour
d'ivoire» est révolue. Celle-ci doit, avec ses partenaires
économiques et sociaux, définir les attentes sociales. À
propos des partenariats avec l'entreprise privée, qui soulèvent
parfois des préoccupations d'ordre éthique, Mme Dandurand explique
que «bien sûr, nous devons préserver notre indépendance
d'esprit et notre esprit critique, mais il faut aussi éviter tout
simplisme. Les partenaires qui nous choisissent comprennent les règles du
jeu». Par ailleurs, comme la nature des partenariats n'est pas toujours
bien comprise, elle estime qu'il serait pertinent d'organiser un débat
à l'UQAM sur les enjeux éthiques des partenariats.
Sur la scène internationale, Mme Dandurand se demande s'il ne faudrait
pas, compte tenu des intérêts et des expertises de l'UQAM,
privilégier certaines zones géographiques. Ainsi, doit-on continuer
à favoriser la francophonie ? Faut-il négliger pour autant l'Asie ?
Bref, «nous devons avoir une vision beaucoup plus stratégique et
faire des choix de manière plus éclairée».
Le lien formation-recherche
«Le lien formation-recherche ne se fait pas
au niveau des administrations. Ce sont les chercheurs qui l'incarnent».
Ceci dit, Mme Dandurand reconnaît qu'il devra y avoir des arrimages de
sorte que les interventions de son vice-rectorat et de celui en charge de la
formation soient concertées. «Il ne faut pas oublier que les
équipes des deux vice-rectorats travaillent au quotidien sur les
mêmes enjeux et les mêmes dossiers». Mais il reste qu'à
ses yeux, le véritable lieu d'arrimage demeure les Facultés.
«Ce que nous voulons faire, ce n'est pas de la planification ex-cathaedra
à partir de nos bureaux du Athanase-David, c'est de donner aux
Facultés des outils pour qu'elles puissent définir
elles-mêmes des axes de développement en recherche».
D'ailleurs, le VRRCP établira un dialogue constant avec les Chaires et
travaille à élaborer une politique à leur égard.
À ceux qui s'inquiéteraient du fait qu'on ait confié le
dossier de la recherche-création à quelqu'un qui n'est pas un
professeur-chercheur, Louise Dandurand répond avec un sourire narquois:
«J'ai 20 ans d'expérience dans les milieux d'aide à la
recherche, et j'ai été partie prenante de toutes les discussions,
ici et à l'étranger, autour des problématiques d'appui
à la recherche. J'ai même enseigné la politique scientifique
et la politique de recherche dans une vie antérieure. Je n'y vois donc pas
de problème !»