Madeleine Lord1 et Monik Bruneau,
professeures au département de danse, ont obtenu une subvention du Conseil
de recherches en sciences humaines du Canada (CRSH) pour développer un
programme de recherche-action, d'une durée de trois ans, afin de
renouveler l'enseignement de la danse en milieu scolaire.
Une démarche de transformation
Le projet, expliquent-elles, vise
à soutenir une démarche de transformation de la pratique de
spécialistes de la danse au primaire et au secondaire, tout en cherchant
à comprendre comment s'opère cette transformation.
«L'idée, soulignent les deux professeures, est d'accompagner des
enseignants et de travailler avec eux à transformer leurs pratiques
pédagogiques. Et c'est d'autant plus nécessaire que l'enseignement
de la danse en milieu scolaire, comme celui des arts en général,
repose sur les programmes ministériels de 1982 ! ». Plus
spécifiquement, les objectifs de la recherche sont d'élaborer,
d'expérimenter et d'évaluer, de concert avec des enseignants, des
stratégies pédagogiques innovatrices et cohérentes qui
intégreront l'éducation esthétique au quotidien des classes
de danse régulières.
Un nouveau paradigme
Préoccupation relativement récente en
enseignement de la danse, l'éducation esthétique2 constitue
à la fois un changement de paradigme et une nouvelle expérience,
celle de la mise en relation de l'enfant avec l'oeuvre d'art. En danse, elle
porte sur le développement des capacités des élèves
à percevoir les qualités esthétiques présentes dans
une oeuvre chorégraphique et à en dégager une
interprétation personnelle qu'ils peuvent justifier. Selon Madeleine Lord
et Monik Bruneau, «ce type d'éducation favorise, chez l'enfant, le
développement de connaissances et d'habitudes culturelles
d'appréciation, non seulement en ce qui concerne la danse mais les arts en
général. Bref, il leur permet de jeter un nouveau regard sur la
culture».
Les phases de la recherche
La réalisation du projet comporte deux
phases. La première a pour but de décrire comment les enseignants
offrent des occasions d'apprentissage esthétique dans leurs classes
régulières et de cerner la réalité du milieu dans
lequel ils évoluent. L'observation de classes, assortie d'entrevues et de
questionnaires distribués aux élèves, permettra la mise
à jour des représentations, objectifs, contenus et
stratégies pédagogiques mises de l'avant par les enseignants
observés. La seconde phase amènera les enseignants à
transformer leurs classes de façon à ce qu'elles intègrent
tant l'éducation artistique qu'esthétique. Deux essais d'innovation
seront développés et expérimentés. Enfin, les bilans
des deux étapes donneront lieu à la production de recueils de
stratégies pédagogiques, qui serviront de guides pour les
enseignants contribuant à l'éducation esthétique des
élèves.
Ce programme de recherche prend d'autant plus d'importance, insistent Mmes
Lord et Bruneau, que la tradition de l'enseignement de la danse en milieu
scolaire, comme celle du théâtre d'ailleurs, est encore jeune.
«La danse à l'école, ajoutent-elles, est une discipline
maintenue dans un état de fragilité. C'est comme si nous devions
constamment faire la preuve de sa nécessité».