Une rencontre internationale d'importance capitale pour le domaine du
génie logiciel s'est déroulée récemment au
Mont-Tremblant, sous les auspices de l'UQAM, en vue de délimiter le champ
de connaissances de cette discipline et de définir, éventuellement,
des normes et des critères de base pour les programmes de formation et la
certification des diplômés. Plus précisément, cet
ambitieux projet, intitulé Software Engineering Body of Knowledge
(SWEBOK), qui émane de l'Institute of Electrical and Electronic Engineers
(IEEE) Computer Society, vise à jeter les bases de cette nouvelle
profession et à en faire la promotion à l'échelle mondiale.
Or, c'est à des spécialistes de l'UQAM que la IEEE Computer Society
a confié l'importante mission qui consiste à élaborer un
premier guide structuré du corpus de connaissances relatives au domaine du
génie logiciel.
L'équipe de travail
Sous la responsabilité du président
de la IEEE Computer Society, M. Leonard Tripp, une équipe de travail a
été formée, laquelle est composée de deux
éditeurs exécutifs, dont l'un, M. Alain Abran, est professeur au
département d'informatique de l'UQAM et directeur du Laboratoire de
recherche en gestion des logiciels (LRGL). En outre, deux de ses
collègues, soit MM. Pierre Bourque, directeur-adjoint du LRGL, et Robert
Dupuis, professeur et directeur des études de cycles supérieurs au
département d'informatique, ont été appelés à
assumer la responsabilité de l'édition du guide. En dépit de
l'ampleur de la tâche qui les attend, les choses vont bon train. Ainsi,
lors de la rencontre de Mont-Tremblant, l'équipe éditoriale a
déjà été en mesure de proposer un avant-projet au
Comité aviseur qui regroupe des sommités dans le domaine du
génie logiciel ainsi que des représentants d'entreprises,
d'associations professionnelles et d'organismes de normalisation internationale
(ISO/CS7). «Lors de cette rencontre, on a revu les
échéanciers et les biens livrables, on a discuté des champs
d'expertises définis dans le guide ainsi que des disciplines connexes au
génie logiciel», de préciser Pierre Bourque.
L'atteinte d'un consensus
L'objectif, à long terme, de rappeler M.
Dupuis, est de faire en sorte que les contenus des programmes, ainsi que les
critères de certification et d'accréditation des personnes qui
oeuvrent dans le domaine du génie logiciel ne diffèrent pas
sensiblement d'un établissement à l'autre et d'un pays à
l'autre, de manière à favoriser la mobilité des personnels,
et à assurer la crédibilité et la pertinence des
résultats. Pour y parvenir, ajoute ce dernier, il faut passer à
travers un important processus de consultation au sein de la communauté,
laquelle comprend les milieux académiques, bien sûr, mais aussi les
milieux d'affaires, les associations professionnelles, les organismes
chargés d'établir les normes internationales, etc. «Les
intérêts ne sont pas toujours convergents et on doit s'assurer d'un
consensus, ce qui représente, pour nous, un défi de taille»,
admet M. Dupuis.
Une démarche historique
Un défi certes, mais qui n'est pas sans
comporter une large part d'enrichissement intellectuel et de gratifications:
«En participant à ce projet, dira Pierre Bourque, nous avons
l'occasion de travailler avec des gens qui figurent parmi les plus grands experts
du domaine». Et son collègue de renchérir: «On a pas
souvent la chance de travailler à l'instauration d'une nouvelle
profession et de faire en sorte que le nom de l'UQAM puisse être
associé à une telle démarche historique». Car il faut
bien voir que la mission confiée aux chercheurs uqamiens par l'IEEE
Computer Society, un des plus importants organismes internationaux de
normalisation, est loin d'être anodine. Pour faire image, c'est un peu
comme si la Cour international de la Haye approcherait le département des
sciences juridiques afin qu'il produise un document de base en droit
international, ce qui, convenons-le, n'est pas rien! À noter que les
chercheurs uqamiens ont encore du pain sur la planche, puisque le projet, d'une
durée de quatre ans, comporte plusieurs phases: le dépôt de
l'avant-projet (Straw Man Version), le dépôt d'une seconde version
après consultation (Stone Man Version) et enfin l'élaboration du
guide final (Iron Man Version).