La rectrice, Mme Paule Leduc, a présenté récemment
à la communauté universitaire le plan d'action que propose le
rectorat pour l'année 1998-1999, tout en traçant le bilan des deux
dernières années. L'objectif, a-t-elle rappelé, demeure le
même: «Mieux former les étudiants et en conduire un nombre
toujours croissant à la réussite». Le journal L'UQAM l'a
rencontrée afin d'en savoir davantage tant sur le sens et la portée
du plan d'action annoncé, que sur sa vision de l'Université
à l'aube du troisième millénaire.
Réviser la programmation
Le plan d'action 1998-1999 prévoit une
revue de la programmation, laquelle devrait permettre de mieux prendre en compte
non seulement les évolutions scientifiques et sociales, mais encore les
besoins des clientèles, très diversifiées, qu'accueille
l'Université. Mais pourquoi ne pas avoir lancé cette
opération plus tôt? «Pour pouvoir repenser en profondeur la
programmation, [...] il fallait absolument que l'on se donne des moyens - revoir
au préalable les structures de décision sur le plan
académique - afin que la réflexion se fasse là où
l'expertise se trouve, c'est-à-dire dans les départements, dans les
Facultés, avec les intervenants de première ligne», dira la
rectrice, pour faire image. Afin d'assurer la qualité de ce travail de
fond, la Direction a élaboré des outils supplémentaires,
soit un plan d'action pour la programmation et une cartographie.
Le plan d'action pour la programmation - dont un avant-projet vient
d'être soumis aux doyens intérimaires des nouvelles Facultés
pour une première évaluation - servira de guide pour les
unités. «Tout le monde ne sera pas obligé de faire la
même chose, ni au même rythme, mais des objectifs seront fixés
avec un cadre général», de préciser Mme Leduc. La
cartographie, pour sa part, visera à permettre aux intervenants de faire
des évaluations et des projections réalistes quant à l'offre
de programmes à partir d'un portrait assez complet de l'environnement
interne (contenus des programmes, évolutions scientifiques,
clientèles, ressources, etc.) et de l'environnement externe (curriculum
des cégeps, programmes des autres universités, développement
techno-scientifique, marchés privés, systèmes
d'éducation et de santé, etc.).
Des réalités nouvelles
L'environnement externe, soutient Mme
Leduc, joue un rôle extrêmement important quant «on veut
soi-même se redéfinir ou en tout cas évaluer la pertinence et
la qualité de ce que l'on fait, en particulier dans la conjoncture
actuelle.» Ainsi, ajoute-t-elle, il faut prendre conscience que les modes
de livraison de la science et de la connaissance se sont énormément
modifiés depuis 30 ans. «Les gens, aujourd'hui, ont de multiples
points de contact avec la science, la connaissance et la formation, que ce soit
par le biais de la télévision, des journaux, de l'Internet,...
Nous, à l'UQAM, nous offrons une autre forme de contact qui est celle de
la formation sur campus, avec quelques petites expériences de formation
à distance». Or, s'interroge la rectrice, l'Université ne
devrait-elle pas repenser aussi ses propres modes de livraison ou d'offre de
connaissances? En fait, estime la rectrice, l'université moderne, telle
qu'on la connait en cette fin de siècle, est une université qui
doit se requestionner à divers égards, notamment en ce qui concerne
son offre de programmes et son offre de formation; les façons de faire de
la recherche et les modèles de développement de la science, avec
une importance accrue accordée à la multidisciplinarité pour
résoudre des problématiques de recherche.
Le rôle de l'enseignant
En proposant un colloque sur le rôle de
l'enseignant, la rectrice affirme avoir toujours le même questionnement en
tête, à savoir: comment faire pour mieux former les étudiants
et les mener à la réussite? «Les professeurs-chercheurs sont
bien sûr des acteurs majeurs, sans compter les chargés de cours qui
contribuent également à la formation. Comment ces acteurs
interviennent-ils? En quoi sont-ils complémentaires? Comment les
associe-t-on au développement de l'Université? Comment articuler
leurs interventions dans la formation afin de la rendre encore meilleure? [...]
Je crois que s'il y a une université qui est capable de se poser ces
questions-là, et d'oser agir en toute lucidité et de manière
innovatrice, c'est bien la nôtre».
Une mission sociale
Assurer l'accès et la réussite aux
études représentent, pour la rectrice, une véritable mission
sociale. Selon elle, le mouvement des dernières décennies pour
démocratiser l'accès à l'enseignement supérieur a
entraîné un élargissement de la mission qui avait
été confiée jusqu'alors aux universités. Au
Québec, souligne-t-elle, 11 % de la population francophone détient
un diplôme universitaire, tandis qu'aux États-Unis, le taux
dépasse 22 %. «On est encore dans un processus de
démocratisation de l'université et notre objectif doit être
de permettre au plus grand nombre possible de gens d'avoir accès à
la connaissance, afin qu'ils puissent trouver les meilleurs emplois possibles,
qui ne sont pas nécessairement des emplois de penseurs ou
d'intellectuels.» Or, pour que l'Université puisse remplir sa
mission, il faut bien sûr, dit-elle, «continuer à
développer les savoirs - c'est fondamental -, mais on doit aussi les
transférer, d'abord à nos étudiants, dans les meilleures
conditions possibles, qui eux-mêmes vont ensuite les transférer
autour d'eux, dans leur vie professionnelle.» C'est en quelque sorte le
changement de paradigme que Mme Leduc essaie de suggérer en disant qu'il
faut passer d'une culture de l'enseignement à une culture de l'encadrement
des apprentissages: «c'est une façon de prendre davantage en compte
le monde dans lequel on vit».
La survie de l'UQAM
Si l'UQAM veut survivre et se développer, il faut,
selon Mme Leduc, qu'un certain nombre de conditions soient réunies,
«des conditions externes de financement, certes, mais aussi un certain
nombre d'actions prises à l'intérieur, financières ou
académiques.» Le «Comité de survie»,
souligne-t-elle, présentera éventuellement un rapport au CA sur les
interventions qui ont été faites jusqu'à maintenant et sur
un certain nombre de pistes de solution à être examinées plus
en profondeur. Mais, de dire la rectrice, «les gouvernements vont devoir se
rendre compte qu'on ne pourra pas continuer à subir des coupures
importantes comme celles que l'on a subit sans détruire le tissu profond
de l'Université».
Enfin, bien que consciente d'un certain «essoufflement» des
troupes, Mme Leduc n'en demeure pas moins confiante face à l'avenir. D'une
part, elle constate qu'il y a eu, jusqu'à maintenant, un
«extraordinaire engagement de toute la communauté» alors
même que, d'autre part, les prochains défis à relever
devraient s'avérer «encore plus stimulants».