Volume XXV Numéro 10, 15 FÉVRIER 1999
14/09/98 29/09/98 12/10/98 26/10/98 9/11/98 23/11/98 07/12/98
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LA UNE

Le J.-A.- DeSève officiellement inauguré!

Le CINBIOSE intègre un réseau international de santé

Cahier spécial: Faculté des sciences


SOMMAIRE DU NUMÉRO

Les tests cliniques valident la «Contramid»

Inauguration de la Chaire de philosophie

La prison, génératrice d'itinérance

Tisser des liens entre ONG et chercheurs

L'APP: une approche pédagogique nouvelle et originale

«Je porte l'Afrique avec moi»
- Jean-Marc Éla, professeur invité


Formation pour thésards africains Franc succès des ateliers de la Fondation Rockefeller

Les SVE au Complexe des Sciences

Premier prix aux Jeux nationaux du MBA

Semaine de la culture juive

SOUTENANCES DE THÈSE

LETTRE À L'UQAM
Le J.-A.- DeSève fourmille d'activités ?
Oui, mais à quel prix...


«Je porte l'Afrique avec moi»

- Jean-Marc Éla, professeur invité


Le sociologue camerounais Jean-Marc Éla est professeur invité au département de science politique. Il assume la codirection du Programme canadien de formation à la recherche pour le développement en Afrique, financé par le CRDI.
Pour avoir dénoncé le régime en place au Cameroun, comme contribuant aux assassinats des intellectuels dont les voix dérangeaient, le sociologue camerounais de réputation internationale Jean-Marc Éla se retrouva lui-même sur la liste des gens à éliminer. Profitant d'une invitation à un colloque qui s'est tenu au Québec en 1995, M. Éla demanda et obtint l'asile politique. Après un séjour comme professeur invité à l'Université Laval, le théologien de la libération africaine nous fait maintenant l'honneur de sa visite, à titre de professeur invité au département de science politique.

L'homme qui détient trois doctorats (sociologie, anthropologie et théologie) et une licence en philosophie, s'est fait le «porte-parole de l'Afrique des petits», comme il l'avoue simplement. Depuis près de 25 ans, l'africaniste est sollicité autant par les milieux universitaires que par les organisations non gouvernementales (ONG), partout à travers le monde - «sauf en Asie», précise-t-il. L'entrevue qu'il nous accordait terminée, il partait d'ailleurs pour la Belgique recevoir un doctorat honoris causa de l'Université catholique de Leuven. Un hommage qui visait à souligner le caractère original de son oeuvre de théologie africaine de libération, sa recherche sociologique et son «inlassable exhortation à prêter l'oreille aux cris de l'Afrique postcoloniale».

Né à Ebolowa au Cameroun en 1936, l'auteur d'une quinzaine d'ouvrages dont Le cri de l'homme africain a enseigné à l'Université de Yaoundé au Cameroun, et à Louvain-la-Neuve en Belgique, avant de connaître l'exil. Le Monde diplomatique publie également ses analyses.

Une culture du regard à travers le quotidien
Ce qui fait l'originalité de l'analyse de M. Éla, c'est qu'elle s'est faite sur le terrain, parmi les paysans africains confrontés aux multiples problèmes tels que la famine, la sécheresse, la maladie. Le sociologue a vécu 14 ans avec les paysans du Nord du Cameroun, combinant ses recherches anthropologiques et sociologiques sur le terrain avec la production de plusieurs ouvrages, qu'il rédigeait le soir, à l'aide d'une vieille machine à écrire et éclairé par une lampe à pétrole. «Le village était mon laboratoire, explique-t-il. J'essayais de capter les murmures de ces gens pour identifier les défis et les enjeux de l'Afrique d'aujourd'hui. Les vrais questions du continent africain sont posées par ces gens sans importance qu'on ne cherche pas à écouter et à rencontrer.»

Le chercheur promène son regard sur l'Afrique en le centrant sur le quotidien. «L'homme - l'être humain - est un être de chaque jour. Dans le spectacle du quotidien se trouvent les indicateurs de tout un système. Selon moi, il n'y a pas d'intelligence du social possible sans ce recentrage sur la quotidienneté pour lui donner sens. Ce postulat définit tout l'horizon de ma recherche en sciences sociales», note M. Éla. Cette approche engendre une prose très colorée, très descriptive, qui donne au lecteur la chance de sentir l'Afrique sans souffrir le jargon de spécialistes. Appliquée au contexte occidental, l'approche du sociologue l'amène à observer, rue St-Denis par exemple, les jeunes squeegees qui lavent les pare-brise. À l'aide de cette culture du regard qui lui sert à découvrir les profondeurs, le professeur constate : «C'est le miroir d'une société, qui illustre une dynamique de paupérisation dans un pays riche. Ça a l'air de rien du tout, mais il faut décoder ce langage, retrouver ce qui ne se donne pas à voir, mais qui est si important pour comprendre une société».

À l'aise à l'UQAM, qui n'a rien d'une «tour d'ivoire», il y retrouve un «esprit, une culture d'immersion dans la vie du peuple... L'Amérique du Nord a besoin de ce regard de l'UQAM». À l'heure actuelle, M. Éla dirige conjointement avec la professeure de science politique Bonnie Campbell le «Programme canadien de formation à la recherche pour le développement en Afrique», financé par le Centre de recherches pour le développement international CRDI (voir article en page 4). «En ce moment, ce qui me préoccupe le plus, note le chercheur, c'est de consacrer ma capacité de réflexion et d'analyse sur les enjeux théoriques et institutionnels de la production de connaissances en Afrique.»