Volume XXV Numéro 10, 15 FÉVRIER 1999
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LA UNE

Le J.-A.- DeSève officiellement inauguré!

Le CINBIOSE intègre un réseau international de santé

Cahier spécial: Faculté des sciences


SOMMAIRE DU NUMÉRO

Les tests cliniques valident la «Contramid»

Inauguration de la Chaire de philosophie

La prison, génératrice d'itinérance

Tisser des liens entre ONG et chercheurs

L'APP: une approche pédagogique nouvelle et originale

«Je porte l'Afrique avec moi»
- Jean-Marc Éla, professeur invité


Formation pour thésards africains Franc succès des ateliers de la Fondation Rockefeller

Les SVE au Complexe des Sciences

Premier prix aux Jeux nationaux du MBA

Semaine de la culture juive

SOUTENANCES DE THÈSE

LETTRE À L'UQAM
Le J.-A.- DeSève fourmille d'activités ?
Oui, mais à quel prix...


La prison, génératrice d'itinérance
Mme Danielle Laberge, professeure au département de sociologie.

Quels liens peut-on établir entre l'itinérance et l'institution carcérale ? Quel est le rôle de la prison dans la production de l'itinérance ? Telles sont les questions centrales soulevées par une équipe de chercheurs sous la responsabilité, entre autres, de Danielle Laberge, professeure au département de sociologie. Cette équipe soumettait dernièrement les résultats de ses travaux1 au Conseil québécois de la recherche sociale.

Les objectifs de la recherche
On reconnaît habituellement la prison comme un mode de gestion et de contrôle de populations pauvres et marginales. Mais, ce qui est moins connu, c'est sa participation au processus d'appauvrissement et de marginalisation sociale. Ainsi, explique Danielle Laberge, «rien n'avait été fait, jusqu'à maintenant, sur les liens entre le phénomène de l'itinérance et le système pénal». La recherche, plus spécifiquement, visait à rendre compte des rapports qu'entretiennent la prison et l'itinérance à travers une diversité de trajectoires de vie de personnes itinérantes.

Une dynamique complexe
«Les itinérants, soutient Mme Laberge, ne forment pas un groupe monolithique, mais ils sont pour la plupart très vulnérables et vivent dans des conditions d'extrême précarité». En période d'itinérance, l'accès à l'espace privé est pour le moins restreint et l'espace public devient alors un lieu surutilisé. C'est dans ce contexte de visibilité obligée dans des lieux fortement réglementés que les comportements des itinérants sont vite repérés et criminalisés. Les itinérants, soulignent les chercheurs, font d'abord l'objet d'un traitement pénal différentiel qui tend à favoriser l'emprisonnement au détriment d'autres mesures de contrôle ou de surveillance. Puis, le traitement carcéral tend à son tour à pénaliser davantage les personnes itinérantes.

Bref, la prison n'est pas qu'une réponse particulière à l'itinérance, elle est surtout un élément actif participant à sa production et ce, à travers un ensemble de mécanismes qui appauvrit, stigmatise et isole davantage. «Pour un itinérant, rappelle Mme Laberge, être envoyé en prison, cela signifie perdre les derniers liens qui le protégeaient. Même si on en sort au bout d'un mois, il ne nous reste plus rien (plus de logement, plus de meubles, plus d'aide sociale, etc.). On se retrouve dans la rue avec un billet d'autobus pour aller à l'Accueil Bonneau». De plus, ajoute-t-elle, avoir un dossier criminel, même pour des infractions mineures, fait en sorte qu'on est assimilé à une population dangereuse. «Les gens se rappellent qu'on est allé en prison, mais ils en oublient les raisons. Conséquence: une détérioration des situations de vie2».

Des solutions alternatives ?
Selon Danielle Laberge, enfermer quelqu'un représente toujours la solution la plus simple et la plus facile, et c'est ce qu'il faut d'abord éviter. «On doit être créatif dans la recherche de solutions alternatives et privilégier la concertation entre les divers intervenants». Ainsi, un organisme comme Urgence psycho-sociale justice, rattaché au CLSC des Faubourgs, intervient sept jours par semaine, 24 heures sur 24, en concertation avec les ressources communautaires, les hôpitaux et les forces policières, pour faire l'évaluation sur place de cas problèmes. «Nous espérons, conclut Mme Laberge, que notre recherche contribuera à enclencher une réflexion plus générale sur le rôle du système de répression face à la pauvreté. Une pauvreté qui a pris de nouveaux visages (comme l'accroissement de la précarité) depuis les années 80, dont celui de l'itinérance».


1 Outre Danielle Laberge, Pierre Landreville, professeur à l'Université de Montréal, Daphné Morin, professionnelle de recherche à l'UQAM et Lyne Casavant, recherchiste à la Bibliothèque du Parlement, ont signé, avec la collaboration de René Charest, le rapport de recherche. À noter que cette étude, subventionnée par le Conseil québécois de la recherche sociale, se situe dans la foulée des travaux du Collectif de recherche sur l'itinérance (CRI) qui regroupe une douzaine de chercheurs et d'intervenants sur le terrain.

2 Les itinérants subissent plus dramatiquement les effets néfastes de l'incarcération puisque, souvent, sans ressources familiales, sociales et professionnelles, ils se retrouvent dépourvus d'outils susceptibles d'amortir les effets de cette expérience.