Volume XXV Numéro 10, 15 FÉVRIER 1999
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LA UNE

Le J.-A.- DeSève officiellement inauguré!

Le CINBIOSE intègre un réseau international de santé

Cahier spécial: Faculté des sciences


SOMMAIRE DU NUMÉRO

Les tests cliniques valident la «Contramid»

Inauguration de la Chaire de philosophie

La prison, génératrice d'itinérance

Tisser des liens entre ONG et chercheurs

L'APP: une approche pédagogique nouvelle et originale

«Je porte l'Afrique avec moi»
- Jean-Marc Éla, professeur invité


Formation pour thésards africains Franc succès des ateliers de la Fondation Rockefeller

Les SVE au Complexe des Sciences

Premier prix aux Jeux nationaux du MBA

Semaine de la culture juive

SOUTENANCES DE THÈSE

LETTRE À L'UQAM
Le J.-A.- DeSève fourmille d'activités ?
Oui, mais à quel prix...


Les tests cliniques valident la «Contramid»

Feu vert pour le marché industriel
Les travaux de recherche sur l'amylose réticulé se poursuivent toujours dans le laboratoire du professeur du département de chimie, Mircea Alexandru Mateescu, à droite sur la photo. On aperçoit les étudiants à la maîtrise en biochimie Jérôme Mulhbacher, boursier FCAR (à gauche) ainsi que Dominique Maltais, au centre, qui déjà a cosigné un article sur l'amylose réticulé.
Dans quelques mois, les personnes asthmatiques troqueront probablement leur atomiseur pour un comprimé qui les soulagera pendant 24 heures. En fait, toute une génération de médicaments, plus performants et moins coûteux, est sur le point d'être commercialisée. La découverte qui en est à l'origine s'est faite en 1990, dans les laboratoires de chimie de l'UQAM. Elle porte le nom d'amylose réticulé, et est connue dans le milieu pharmaceutique sous le nom de Contramid. Il s'agit d'un polymère dérivé de l'amidon de maïs qui, couplé à un médicament pris sous forme de comprimé, libère ce médicament de façon progressive et presque linéaire et ce, aux intervalles de 24 heures1 .

Cette nouvelle matrice qui prolonge l'effet des médicaments a été mise au point par une équipe dirigée par le professeur du département de chimie Mircea Alexandru Mateescu2. On se souviendra que l'importance de la découverte avait amené l'UQAM et l'UdeM à enclencher, en 1990, le processus de prise de brevets. Elles en obtinrent trois, qui furent cédés à la compagnie Labopharm Inc. en 1994, en échange d'importantes compensations financières, incluant des redevances sur les revenus générés par l'exploitation commerciale3.

Une compagnie américaine teste le produit
L'automne dernier, la compagnie pharmaceutique américaine Sepracor a commencé à tester son produit contre l'obstruction des voies respiratoires, actuellement disponible sous forme d'atomiseur, en lui intégrant la technologie Contramid. Si ces tests s'avèrent concluants, le nouveau comprimé percerait le marché en l'an 2000 ou 2001. Les revenus issus de la vente d'un tel produit ne seraient pas négligeables. On parle d'un marché de 500 M $4. La technique Contramid étant utilisable pour un large éventail de médicaments pris sous forme orale, les retombées financières pourraient donc être appréciables.

Des tests plus qu'encourageants
Avant de percer le marché industriel, tout produit pharmaceutique doit franchir plusieurs étapes. Les compagnies ne produisent à l'échelle industrielle qu'une fois que les études cliniques se sont avérées probantes. Comment cette étape s'est-elle déroulée dans le cas de la Contramid ? En 1990, pendant que l'administration négocie les droits de propriété intellectuelle, les chercheurs poursuivent leurs travaux. La première étape implique des tests in vitro, effectués entre 1990 et 1994 en laboratoire, à l'aide d'un appareil à l'intérieur duquel un comprimé se dissout (voir photo). Cet appareil mesure la vitesse de libération du médicament et la quantité de médicament libéré. Les résultats enthousiasment l'équipe de recherche, qui reste néanmoins prudente :«Les tests avec le comprimé et la machine in vitro, c'est une histoire. Après, quand vous, vous avalez le comprimé qui traverse ensuite le système gastrique et intestinal, ça peut être une autre histoire», opine M. Mateescu.

L'étape suivante - l'échelle pilote - au cours de laquelle s'effectuent les tests in vivo et la production de lots cliniques, s'est déroulée dans les laboratoires du Centre de recherche et de développement d'Agriculture Canada (CRDA), à Saint-Hyacinthe. La compagnie pharmaceutique Rougier Inc. a financé cette étape. On procéda aux essais cliniques en compilant les résultats sur la base des analyses de sang et d'urine provenant de personnes volontaires. Les études devaient respecter les normes sévères de la FDA (Food & Drug Administration) et de la DGPS (Direction générale de la protection de la santé).

Résultat? «Au niveau de la correspondance entre le temps de libération observé en laboratoire et celui observé chez l'humain, on a constaté une excellente bioéquivalence, explique M. Mateescu. Toutes les molécules étudiées ont passé les tests avec succès. De plus, notre matrice donne le plus bas niveau de variabilité entre les sujets, par rapport aux matrices conventionnelles utilisées pour la libération contrôlée de médicaments. Cela confirme la validité de la technologie. C'est donc un feu vert pour le développement.»

De la recherche qui génère des emplois
Fier, vous pensez, le chercheur uqamien d'origine roumaine? «Oui je suis très fier car on a créé plus de 50 emplois au Québec. En plus, Yves Dumoulin a achevé sa thèse de doctorat en sciences pharmaceutiques à l'UdeM, et je l'ai codirigé avec le Dr Cartillier. Cela a donc servi», souligne M. Mateescu, qui ajoute que tous les étudiants qui ont collaboré depuis dix ans aux travaux de recherche ont déniché un emploi dans une compagnie pharmaceutique.

Il faut en moyenne 12 ans entre la découverte d'une nouvelle molécule et la mise en marché. Si la technologie Contramid franchit cette étape en l'an 2000 ou 2001, la performance sera donc fort honorable.


1. «Libération contrôlée de médicaments. Découverte d'un nouveau polymère», Journal L'UQAM, 5 octobre 1992, p. 3.

2. L'équipe comprenait également, en 1990, l'étudiant Yves Dumoulin, alors à la maîtrise en chimie, ainsi que Vincent Lenaerts, à l'époque professeur à la Faculté de pharmacie de l'UdeM. Un autre professeur de cette même Faculté, M. Louis Cartillier, s'est plus tard joint à l'équipe.

3. «Importante transaction sur l'amylose réticulé. L'UQAM et l'UdeM cèdent leurs droits de propriété intellectuelle à Labopharm Inc.», Journal L'UQAM, 1er février 1995, p. 1.

4. «La Contramid de Labopharm dans les ligues majeures. Le produit contre l'obstruction pulmonaire franchit les étapes», Les Affaires, 21 novembre 1998, p. 82.