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Médaille de l'UQAM à Richard Guay
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Sur la piste de l'Homme de Néandertal
Pendant que certains en sont encore à planifier leurs vacances hivernales, Serge Lebel, professeur associé au département des sciences de la terre, songe déjà à l'été prochain et à l'importante mission qui l'attend. C'est que le préhistorien n'a de cesse de retourner explorer le site du Bau de l'Aubésier, un vaste abri sous roche situé dans le Sud-Est de la France, où l'équipe internationale d'archéologues qu'il dirige a mis à jour, notamment, un espace d'habitation et des foyers de combustion vieux de plus de 200 000 ans! Bien que désireux de pouvoir pousser encore plus loin ses investigations au fond de l'abri, le professeur Lebel, dans l'intervalle, a largement de quoi s'occuper. Fait rarissime dans le domaine de l'archéologie, il a obtenu de la France l'autorisation de sortir du matériel, lequel se retrouve ici, à l'UQAM, pour des fins d'analyse. Il s'agit en fait de vestiges étonnants (pierres et os taillés, fragments osseux de grands mammifères, dents de Néandertaliens, sols noirs indiquant une forte élévation thermique, etc.) qui, selon toute vraisemblance, devraient permettre d'en apprendre davantage sur cet être méconnu qu'est l'Homme de Néandertal1. Néandertal? Pas si bête que ça!
En effet, les différentes couches de sédiments et les divers niveaux anthropiques superposés, riches en matériel archéologique et distants dans le temps, que l'équipe de M. Lebel a dégagés au Bau de l'Aubésier, semblent favoriser de nouvelles interprétations du vécu néandertal. Ainsi, on a remarqué, parmi les restes de mammifères, une forte occurrence du cheval et de l'aurochs, ce qui tendrait à démontrer que les néandertaliens chassaient selon une certaine stratégie plutôt qu'au gré des aléas. De plus, certains os ont été brûlés à de très hautes températures ce qui suggérerait une plus grande maîtrise du feu qu'on ne l'avait envisagée jusqu'alors pour l'Homme de Néandertal. Enfin, non seulement il apparaît que la grotte du Bau avait un caractère de «revenez-y» pour les néandertaliens (on y a retrouvé des matières premières comme du silex qui provenait de régions situées à 25-30 km de l'abri), mais encore, certains niveaux ont conservé de manière exceptionnelle des os servant d'outils sur lesquels on distingue très nettement des traces de raclage. Or, on pensait jusqu'à ce jour que l'Homme de Néandertal ne travaillait que la pierre! «C'est en cours d'étude actuellement, mais si cela se confirme, ça va faire péter les plombs!», de dire le professeur Lebel qui ne cache pas son enthousiasme.
Dix ans de fouilles
Une valeur pédagogique
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