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En finir avec le sous-financement chronique
| La juge Louise Arbour, docteure honoris causa
Ses souliers quelquefois vernis, quelquefois ferrés, l'ont portée de l'école à la guerre. C'est ainsi qu'inspirée par la célèbre chanson de Félix Leclerc Moi mes souliers, la juge Louise Arbour, ex-procureure des Tribunaux pénaux internationaux pour l'ex-Yougoslavie et le Rwanda résumait son périple des trois dernières années à travers le monde et ses misères. Mais le 23 octobre dernier, Mme Arbour a fait un détour vers ses anciennes amours - le monde de l'enseignement - pour y recevoir un doctorat honoris causa à l'occasion de la collation des grades de la Faculté de science politique et de droit. L'UQAM a voulu par ce geste souligner la brillante carrière de cette juriste respectée au Canada et dans le monde, qui siège depuis septembre au plus haut tribunal du pays, la Cour suprême du Canada. Née à Montréal en 1947, Mme Arbour a débuté sa carrière dans le milieu universitaire plus précisément à l'Université York, une institution relativement jeune, dont la mission et la contribution à Toronto rappellent celles de l'UQAM. De 1974 à 1987 Mme Arbour y a été professeure agrégée puis vice-doyenne à la faculté de droit, la Osgoode Hall Law School, conjuguant ces fonctions avec un engagement constant dans la défense des droits et libertés notamment à titre de vice-présidente de l'Association canadienne des libertés civiles. Spécialiste du droit pénal, elle fut courtisée par le système judiciaire ontarien et assuma entre 1987 et 1996 les fonctions de juge à la Cour suprême d'Ontario puis à la Cour d'appel.
Controversée, mais efficace Au Tribunal pénal international instauré par le Conseil de sécurité de l'ONU, elle traqua sans relâche les criminels de guerre, en accumulant patiemment les preuves des crimes atroces. Geste sans précédent, elle a accusé un chef de gouvernement en exercice, le président yougoslave Slobodan Milosevic, et quatre de ses acolytes de crimes de guerre, affirmant de ce fait un grand principe : la responsabilité pénale est personnelle et non collective. Cette stratégie offensive qui testait délibérément les limites du droit international empêchait non seulement Milosevic de négocier son impunité mais acculait les diplomates au pied du mur. Elle a le mérite d'avoir redonné espoir aux victimes de guerres intra-étatiques et contribué à installer les premiers jalons d'une justice internationale.
Briser le silence de l'indifférence Soulignant, au nom de l'Université, cette carrière marquée par l'intégrité et la persévérance, la vice-rectrice à la formation Mme Lynn Drapeau compléta l'éloge en ces termes : « Nous retiendrons de cette juriste remarquable qu'elle est un modèle à suivre, tant pour ceux qui sont en pratique que pour les universitaires. L'engagement social de Mme Arbour nous a montré qu'une détermination à toute épreuve, alliée à une compétence irréprochable, peuvent changer le cours des choses ». |