Volume XXVI Numéro 1, 13 SEPTEMBRE 1999
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La Rentrée 1999
Un 30e rendez-vous


L'urgence de comprendre l'océan

Une Faculté de science politique et de droit


SOMMAIRE DU NUMÉRO

Succès de la mission à bord du Marion-Dufresne
L'urgence de comprendre l'océan


Rentrée 1999
Un 30e rendez-vous


Une réalité unique au Québec
Une Faculté de science politique et de droit est créée


La Fondation dépasse ses objectifs

Un Centre d'études interdisciplinaires Wallonie-Bruxelles à l'UQAM

Processus de sectorisation
Le CA nomme trois doyens


Recommandations de la CUP

La CUP fait le bilan et lance un cri d'alarme

Une pédagogie qui suscite un intérêt croissant

Philippe Séguin invité à l'UQAM

« Il faut défendre l'idée que l'université est un service public ! »

Nomination au Conseil de la Science et de la Technologie

VITE LU

  • Le grand DSA se divise en trois
  • Un étudiant à la maîtrise en kinanthropologie s'illustre
  • Prix Lizette-Gervais


  • COLLOQUES
  • Histoire de la statistique
  • L'État québécois et les universités
  • Malaise dans la clinique


  • Succès de la mission à bord du Marion-Dufresne

    L'urgence de comprendre l'océan

    Le professeur Jean-Louis Turon de l'Université Bordeaux-I, en compagnie du professeur Claude Hillaire-Marcel du Département des sciences de la Terre et du GEOTOP. Tous deux étaient chefs de mission à bord du Marion-Dufresne, lors de la campagne océanographique IMAGES-V, cet été.
    Ils ont battu le record du monde de la « carotte » : 58 mètres et demi de sédiments tirés du fond du Fjord du Saguenay, près de Baie Éternité, le 1er juillet dernier. L'équipe scientifique était à peine montée à bord du Marion-Dufresne, un des plus grands et des plus modernes navires scientifiques mondiaux 1, qu'elle récoltait ce trésor où sont enfouies les archives marines des 6 000 dernières années. Les sédiments marins contiennent en effet des millions de plantes et d'animaux fossiles minuscules qui se déposent en couches, année aprés année, témoignant des conditions environnementales qui existaient autrefois dans l'océan, avec une précision digne des instruments modernes. « C'est comme ouvrir un grand livre d'histoire », raconte, émerveillé, le professeur du Département des sciences de la Terre Claude Hillaire-Marcel, qui a co-dirigé cet été l'une des cinq missions de l'ambitieuse campagne océanographique internationale appelée IMAGES-V.

    La campagne s'étend de juin à septembre. Cinq équipes de scientifiques du monde entier se relaient sur un parcours les menant de la mer des Caraïbes à la Méditerranée en passant par l'Atlantique Nord et les bassins subarctiques. Du 30 juin, au large des côtes canadiennes, jusqu'au 25 juillet en Islande, l'expédition a mobilisé une cinquantaine de scientifiques, principalement français et canadiens, dont sept chercheurs, étudiants et professeurs du GEOTOP. Officiellement félicité pour son professionnalisme par les responsables français de l'Institut polaire, le noyau uqamien était parfaitement rodé lors de l'expédition estivale. Les chefs de mission avaient peaufiné le programme au détail près. En outre, nos « géotopiens », un stagiaire post-doctoral et des étudiants provenant des trois cycles, avaient déjà participé à des campagnes en mer.

    L'océan, une des clés du système climatique
    La campagne IMAGES-V vise à élucider les mécanismes responsables des grands changements dans la circulation océanique ­ la boucle de convoyage ­ en relation avec les changements climatiques. La situation est urgente, explique le professeur Hillaire-Marcel, car un changement brutal pourrait se produire très vite : « Les changements de climat liés à l'effet de serre affectent la salinité et la température des eaux de surface de l'Atlantique Nord. La densité de l'eau est ainsi réduite et l'eau ne plonge pas aussi profondément, ce qui a un impact immédiat sur la circulation océanique et le transport de la chaleur. D'ailleurs, en se basant sur l'hypothèse que le gaz carbonique atmosphérique va doubler, tous les modèles indiquent un ralentissement de la production d'eaux océaniques profondes et un changement dans le transport de la chaleur. Or au cours des derniers 100 000 ans, on a noté plusieurs périodes au cours desquelles le mode de circulation de l'océan a changé brutalement - avec une réduction de 50 à 90 % de production d'eaux profondes - et cela a duré jusqu'à mille ans. Ce qui est inquiétant, c'est que ces changements se sont produits en quelques années ou dizaines d'années 2. Il faut donc accélérer le travail ».

    Reproduire le passé pour prévoir le futur
    Quel mode de circulation océanique va remplacer celui que l'on connaît ? « Le futur, on ne le connaît pas, admet sans ambages le chercheur. Mais en analysant le passé, nous essayons de prévoir ce qui pourrait se produire, faire de la modélisation. À l'aide des carottages océaniques, notre équipe va remonter les archives du temps et chercher des épisodes très particuliers, tels que ceux survenus il y a 125 000 et 400 000 ans, lorsque le globe était beaucoup plus chaud qu'aujourd'hui. Nous pourrons ainsi fournir des scénarios aux modélisateurs ».

    Les carottes qui permettent de telles analyses doivent contenir des sédiments très concentrés. La vitesse de sédimentation y est très lente. « Il y a des endroits où 10 mètres de sédiments représentent un million d'années, soit un millénaire au centimètre, d'expliquer le chercheur que les isotopes passionnent. Vous pouvez ainsi remonter très loin, mais la résolution chronologique est mauvaise ». La vitesse de sédimentation de la carotte record du Saguenay est tout autre, avec un an au centimètre. Cette résolution exceptionnelle aidera à préciser la fréquence des accidents géologiques majeurs dans la région, tels que la grande crue de 1996 et le tremblement de terre majeur de 1663, ce qui permettra d'anticiper les événements sur la base d'études de probabilités.

    Des coûts énormes
    Les recherches sont nécessaires, mais elles sont coûteuses. Seulement en temps / navire, la campagne IMAGES-V de cet été a coûté 45 000 $ US par jour. La France absorbe 75 % de la facture, une vingtaine de pays, dont le Canada, l'Allemagne, les États-Unis et la Norvège, se partagent le reste. La participation canadienne s'insère dans le cadre du programme national d'étude de la dynamique et de l'histoire des systèmes climatiques, subventionné par la Commission géologique du Canada et le CRSNG, qui y injecte 1 M $ par année. L'équipe uqamienne dirigée par les professeurs du GEOTOP Hillaire-Marcel et Anne de Vernal en reçoit 200 000 $ annuellement.

    Une formation irremplaçable
    La formation à laquelle les étudiants ont eu droit à bord du Marion-Dufresne est inégalable. Initiés à toutes les techniques les plus modernes de la géologie marine, ils ont pu voir, entre autres, des photos en temps réel d'un volcan de boue à 3 000 m de profondeur grâce à un sondeur multifaisceaux. Ils ont assisté à plusieurs séminaires : sur la navigation avec le commandant de bord, sur le carottage avec le chef des opérations... Ils ont rencontré des scientifiques de partout et possèdent déjà un carnet d'adresses. « C'est une irremplaçable formation, explique le professeur Hillaire-Marcel. Nous devons d'ailleurs la leur fournir, car elle correspond au niveau de compétence requis pour être capable de positionner le Québec dans cette compétition qui est maintenant globale ».

    1. Géré et financé par l'Institut français pour la recherche et la technologie polaire (IFRTP), communément appelé l'Institut polaire, le Marion-Dufresne a été lancé en 1995. Le bâtiment d'une longueur de 120 mètres est équipé des plus récentes technologies pour l'échantillonnage des sédiments et la cartographie des fonds marins. Le très performant carottier à qui l'on doit le record du monde porte le joli nom de Calypso.
    2. Dans un article publié début juin dans la revue Nature, des chercheurs soutiennent que la modélisation climatique laisse supposer que d'ici 20 ans, des changements considérables surviendront dans la quantité d'eaux intermédiaires produites dans la mer du Labrador.