Volume XXVI Numéro 13, 10 avril 2000
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Michel Hébert à la Société royale du Canada

Le devoir de mémoire

Le ministre Perreault à l'École de langues


SOMMAIRE DU NUMÉRO



Pour en finir avec l'âgisme

Les vendredis de l'ESG

Nouveau vice-recteur intérimaire

Rapport de la Fondation

COLLOQUES

  • Construction d'espaces identitaires
  • Formation professionnelle
  • Le travail en question
  • Écritures médiatiques


  • Nouvelle concentration en mathématiques financières

    Stages à l'étranger

    Soirées retrouvailles

    Le salon G...néreux!

    Les camps de l'art dehors

    Mentorat professionnel

    Gala Forces AVENIR

    La relève présente ses travaux

    Centre de design

    Futurs enseignants en arts venus de France

    VITE LU

    Titres d'ici

    Michel Hébert à la Société royale du Canada

    « L'histoire du Moyen Âge c'est aussi notre histoire »

    Le médiéviste Michel Hébert, membre nouvellement élu à la Société royale du Canada.

    Entre l'agora de l'Athènes classique et l'effervescence des Lumières, l'idée comme la pratique de la « démocratie » auraient été en léthargie profonde, sombrant dans les gouffres ténébreux d'une sorte d'immense Moyen Âge. A contrario, depuis le XVIIIe siècle, la démocratie connaîtrait une expansion universelle et toujours triomphante. Voilà un modèle de pensée dominant que « l'étude attentive de l'histoire peut et doit contribuer à briser, car il est faux » d'affirmer le médiéviste Michel Hébert, professeur au Département d'histoire. Cette question de la démocratie - et en particulier de ses manifestations médiévales - le professeur Hébert en a fait la thématique centrale de l'allocution qu'il a prononcée, le 22 mars dernier, devant les membres de la prestigieuse Académie des lettres et des sciences humaines de la Société royale du Canada qui vient de l'accueillir dans ses rangs. Un geste auquel l'éminent historien n'est pas demeuré insensible « C'est une forme de reconnaissance par nos pairs qui, au niveau symbolique, est importante...».

    Le Moyen Âge revisité
    Spécialiste de la Provence au Moyen Âge, Michel Hébert1 est le premier historien canadien à avoir vu ses travaux être publiés dans la vénérable collection Documents inédits de l'histoire de France. Il compte à son actif une somme considérable d'articles et d'ouvrages qui ont fait progresser considérablement l'état des connaissances sur des sujets aussi divers que la fiscalité, le gouvernement et les parlements d'un âge révolu, celui de la fin du Moyen Âge, soit les XIIIe, XIVe et XVe siècles. Qu'est-ce qui fait l'originalité de ses travaux? « Ça fait 500 ans qu'on écrit sur le Moyen Âge [...]. Là où je suis peut-être plus audacieux, c'est quand j'utilise le terme « démocratie » pour la période que j'étudie ».

    En fait, Michel Hébert revisite un certain nombre d'idées reçues, non seulement sur la place de la démocratie dans le Moyen Âge mais aussi sur la place du Moyen Âge dans la genèse de la démocratie. Comment? En examinant de plus près le fonctionnement des assemblées de village et des conseils urbains, en s'intéressant à l'utopie égalitariste qui a nourri bien des révoltes avant même l'an Mil, et en étudiant la naissance, dans toute l'Europe, d'assemblées représentatives en forme de parlements ou d'états généraux et ce dès le XIVe siècle. « Si la démocratie n'est qu'un bout de papier à mettre dans une urne tous les quatre ans, ce n'est pas un immense effort! On pourrait dire que les gens, au Moyen Âge, par le biais des assemblées de village, participaient beaucoup plus à la gestion de leur vie collective...». Actuellement, Michel Hébert se penche de plus près sur le phénomène de la communication dans la société médiévale. « Je m'intéresse à tout ce qui touche à la diffusion et à la circulation de l'information. On imagine que c'est tout récent... eh bien non... La société médiévale avait ses crieurs publics, ses messagers, ses symboles héraldiques, ses rituels... Or, ça fonctionnait et ça donnait une certaine cohésion à la société ».

    Enseigner l'histoire
    Lors de son allocution devant la Société royale du Canada, Michel Hébert a tenu à remercier le CRSH et le fonds FCAR pour le soutien qu'ils lui ont accordé, mais aussi, plus largement, pour leur appui à la recherche fondamentale, en particulier dans des « secteurs en apparence aussi peu immédiatement utiles que les humanités, les arts ou les sciences sociales ». Or, pour le professeur, il est clair que l'on a toujours quelque chose à apprendre de l'histoire. Il supervise d'ailleurs les travaux d'une douzaine d'étudiants qui s'intéressent aux derniers siècles du Moyen Âge. « Ce sont des étudiants courageux car il faut posséder une formation en histoire, en paléographie et en latin ». Mais plus largement, parmi l'ensemble des étudiants en histoire, le Moyen Age représente le champ disciplinaire qui, selon M. Hébert, suscite le plus d'intérêt après l'histoire nationale... « Or, je leur dis toujours que l'histoire du Moyen Âge, c'est aussi notre histoire à nous... ce sont nos ancêtres... Ce n'est pas la Nouvelle-France qui a inventé le système féodal! C'est le Moyen Âge qui est à l'origine de la langue française, des institutions parlementaires, du système capitaliste... Ça leur permet de replacer l'histoire du Québec dans une plus longue durée... de voir qu'il y a un amont et un aval à cette histoire...» de conclure Michel Hébert.

    1. Le professeur Hébert figure également parmi les fondateurs de la Société des études médiévales du Québec et est à l'origine de la publication d'une revue savante intitulée Memini.