Monsieur Roch Denis, professeur au Département de science politique, quittait dernièrement son poste de président de la Fédération québécoise des professeures et professeurs d'université (FQPPU). Après six années à la tête de l'organisme qu'il a contribué à fonder, M. Denis nous livre ici ses réflexions sur quelques-uns des enjeux majeurs de l'enseignement supérieur.
La mission de l'université
Roch Denis considère qu'il faut, plus que jamais, défendre l'idée que l'université est une grande institution à caractère public. « Ainsi, les responsabilités publiques collectives du financement universitaire doivent être réaffirmées, en particulier dans un contexte où, depuis 1993, on assiste à une politique de définancement public ». Il en va de même pour la recherche universitaire dont le système de financement, selon lui, décourage le travail de la pensée. « Il faut éviter que l'université devienne une boîte d'enseignement coupée de la recherche ».
Par ailleurs, M. Denis critique une certaine conception de l'enseignement supérieur qui tend à diluer le statut de l'étudiant universitaire au profit de considérations pour l'« apprenant ». Un nouveau vocable à la mode qui, à ses yeux, s'arrime à l'idée selon laquelle l'université devrait de plus en plus être considérée comme une institution d'éducation permanente où des « apprenants » de tous âges vont et viennent, accueillis par des enseignants qualifiés d'« accompagnateurs ». Bien sûr, de reconnaître M. Denis, « les modes de transmission du savoir se transforment et l'université doit s'ouvrir à de nouvelles clientèles. Mais celle-ci n'est ni une école de métiers ni ne sert que l'éducation permanente ».
Le rôle des professeurs
Dans les débats touchant l'avenir de l'enseignement et de la recherche, M. Denis estime que les professeurs et leurs syndicats doivent être davantage présents sur la place publique. Toutefois, Roch Denis ne se situe pas dans une perspective corporatiste: « Les professeurs doivent promouvoir l'université, tout en expliquant son rôle et ses fonctions. La défense des intérêts des professeurs et celle de l'institution universitaire ne sont pas séparées. Si les professeurs s'expriment d'une voix forte et cohérente, c'est l'université dans son ensemble qui en profite ».
Professeurs et chargés de cours
En ce qui concerne les relations parfois difficiles entre professeurs et chargés de cours, Roch Denis reconnaît l'existence des deux solitudes. Pourtant, insiste-t-il, « les professeurs et les chargés de cours devraient faire alliance pour combattre le gaspillage éhonté des talents et des ressources. La bataille à mener est systémique. Mettons-nous à table et inventons ! ». Les universités, affirme M. Denis, doivent jouer la carte de l'embauche de professeurs avec un programme poussé de recrutement chez les chargés de cours. Et ceux-ci devraient pouvoir bénéficier de programmes de qualification. En même temps, il s'oppose à une certaine vision de l'université qui prône une nouvelle division du travail, soit l'enseignement de premier cycle réservé aux chargés de cours et celui aux cycles supérieurs aux professeurs réguliers.
« Jamais, de conclure Roch Denis, il ne faut perdre de vue, l'immensité des efforts collectifs et individuels qui ont été consacrés à la construction d'un réseau universitaire à l'échelle du Québec. L'existence d'un tel réseau constitue un pivot du développement démocratique, culturel et scientifique du Québec ».