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FAIRE FACE À LA PRESSION
Mme Catherine Jumarie a intégré l'équipe de professeurs du département de sciences biologiques en juin dernier.
En 1999, un jeune chercheur en sciences trime dur, dans des conditions difficiles. On sait l'ampleur et l'impact des compressions budgétaires sur le financement public de la recherche. La tarte est trop petite, les convives trop nombreux. La compétition féroce dans cette arène arbitrée par des pairs impose une pression sur la recherche, l'atteinte de résultats, et bien sûr la publication d'articles dans des revues scientifiques prestigieuses.

Dénicher un poste de professeur dans un tel contexte, c'est pratiquement défier les lois de la nature. C'est pourtant ce qui est arrivé à Catherine Jumarie qui, à 34 ans, se voyait offrir en juin dernier un poste de professeure au département de sciences biologiques. Mentionnons que les candidatures avaient été sollicitées jusque dans la prestigieuse revue Science. Mme Jumarie a obtenu ce poste alors qu'elle avait un statut de chercheur autonome.

«Je suis assez chanceuse, confie Mme Jumarie. Ma première demande au CRSNG a été acceptée. Pour une "junior", c'est bon... En plus j'ai pu obtenir ce poste de professeure avec un parcours peu habituel, sans post-doc à l'étranger». Il faut savoir que de nombreux chercheurs cumulent jusqu'à trois post-docs sans obtenir d'emploi stable. Il n'y a pas de statut de chercheur à l'UQAM et les professeurs conjuguent enseignement, recherche et services à la collectivité.

Privilégiée, la jeune professeure? «Je pense que c'est normal d'espérer un "job" et d'en avoir un, explique-t-elle, et que ce n'est pas peut-être pas normal d'être gênée d'en obtenir un. Vous savez, les gens ignorent dans quelles conditions les chercheurs travaillent.» Justement, quelles sont-elles? «Moi, je dois préparer mes cours, monter mon laboratoire, faire les demandes de subventions, avancer la recherche et écrire des articles. Je dois assurer un minimum de bourses aux étudiants. Présentement, j'ai deux étudiants à la maîtrise, un au doc et un stagiaire. Je me sens responsable. Les premières années, au moins le quart du temps passe à préparer des demandes de fonds. Monter le labo, choisir et commander tout le matériel nécessaire, ça prend du temps et de l'argent. J'ai eu pas mal d'aide - près de 17 000 $- du département et de la PAFARC, pour équiper le labo, et j'ai reçu des conseils de M. Savary du Service des approvisionnements».

Mais la pression reste énorme. Même avec l'aide accordée, la subvention de 31 000 $ obtenue pour quatre ans ne sera pas suffisante. «Il faut entre cinq et huit ans avant d'atteindre un niveau productif. Avec 75 000 $, on commence à avoir un laboratoire qui a de l'allure». Entre-temps, qu'attend de l'avenir celle qui, de son propre aveu, est «tombée en amour avec la biophysique» en 1988, lors d'un stage d'été au Groupe de recherche en transport membranaire (GRTM)? «Il faut être prête, saisir toutes les opportunités, et se préparer comme si tout pouvait arriver demain matin».

Membre du Centre de recherche en toxicologie de l'environnement (TOXEN) de l'UQAM et membre associé du Groupe de recherche en transport membranaire de l'UdeM, Mme Jumarie s'intéresse aux mécanismes de transport de métaux lourds et toxiques à travers les membranes biologiques, particulièrement à l'absorption intestinale du cadmium. Elle travaille également avec les professeurs Peter G.C. Campbell, spécialiste de la chimie des métaux à l'INRS-Eau et Francine Denizeau, du département de chimie.