| Numéro 6, 11 novembre 1996 |
Ils ont donc voulu vérifier l'explication proposée, il y fort longtemps, par Wallace Broecker, à l'effet que les changements climatiques pourraient être liées au fonctionnement ou au dysfonctionnement de cette "courroie océanique" qui agite les différentes mers chaudes et froides. Selon l'idée avancée par Broecker, le bon fonctionnement d'un tel système serait lié aux périodes interglaciaires tandis qu'un mauvais fonctionnement ou interruption de la "courroie" aurait un lien avec le refroidissement de certaines régions de la terre.
Aussi ont-ils effectué une série de recherches à trois endroits précis du golfe Saint-Laurent (Détroit de Cabot, Chenal Laurentien et Talus continental) afin d'en extraire des sédiments qui leur permettraient de reconstruire, selon une méthode complexe, la température, le "temps", la salinité, le couvert de glace d'autrefois. "Nos résultats, de conclure les deux chercheurs, permettent d'avancer que les eaux d'écoulement de la calotte ont changé de direction un millénaire avant le moment étudié par Broecker pour bâtir son explication. De ce fait, l'idée avancée par ce dernier n'est plus valide quant au mécanisme des variations climatiques".
"De manière générale, d'expliquer le professeur Claude Hillaire-Marcel, nos recherches portent sur les systèmes climatiques des 150 000 dernières années. Nous voulons étudier la dynamique du climat à partir d'un certain nombre de phénomènes - dont le temps de réaction est certes lent à l'échelle humaine - tels la circulation océanique ou encore les anomalies orbitales".
La circulation des courants marins dans les différents océans.
Source: Revue Physics Today.
Il faut comprendre, toujours selon les propos de Claude Hillaire-Marcel et de sa collègue Anne de Vernal, du département des sciences de la terre, que les climats terrestres sont régis par des transferts d'énergie, de chaleur qui s'opèrent à partir des océans. En effet, les deux chercheurs considèrent que l'eau est un réservoir extraordinaire de chaleur; dans les mers existent donc de puissants courants océaniques, pouvant circuler jusqu'à 3 000 ou 4 000 mètres de profondeur, capables de déplacer ou de générer, selon les circonstances, d'importantes masses d'air chaud ou froid qui, à leur tour, influent sur les conditions climatiques. "Ces courants, de dire les chercheurs, agissent comme des courroies de transmission au niveau climatique. Pour effectuer une circulation complète de la planète, il leur faut entre 1 000 et 2 000 ans".
"À partir d'un cas précis, qui s'est déroulé il y a 11 000 ans, nous avons voulu tester l'idée de Broecker. À cette époque, la calotte laurentidienne se met à fondre et ses eaux se frayent un chemin vers l'est, en passant par le Saint-Laurent, pour se joindre aux eaux plus salées de l'Atlantique. Si l'explication de Broecker est exacte, une telle arrivée soudaine d'eau douce dans un courant océanique peut avoir amorcer un mouvement d'interruption et créer de nouvelles conditions climatiques."
Dans l'ordre habituel, nous retrouvons Anne de Vernal, professeur au département des sciences de la terre, Guy Bilodeau, chargé de laboratoire au GEOTOP, qui a participé à la recherche ainsi que Claude Hillaire-Marcel, professeur au département des sciences de la terre et titulaire de la Chaire Hydro-Québec-CRNSG-UQAM.