Le grand malheur des universités, c'est de ne pas avoir de salles d'urgence avec des civières, lançait la rectrice Mme Paule Leduc, le 29 février dernier, devant les parlementaires de la Commission de l'éducation, chargée d'entendre les dirigeants des universités1 présenter leurs rapports annuels. Le ton était direct. Juste avant Mme Leduc, le président de l'UQ, M. Pierre Lucier, parlant au nom des conseils d'administration des constituantes, n'avait pas mâché ses mots : « Personne d'entre nous n'accepte de gérer des fonds publics avec une carte de crédit vide. [...] Si on veut nous voir restreindre notre programmation, réduire notre mission d'occupation du territoire, voire nous replier sur nos arrières, il faudra qu'on nous le dise. »
La présentation survenait une semaine après le Sommet de la jeunesse à la fin duquel, on se rappelle, le gouvernement a accepté d'injecter un milliard $ en éducation. Le budget provincial, que le ministre Bernard Landry présentera plus tôt que prévu, soit le 14 mars, devrait clarifier l'impact réel de cette injection sur les universités. Entre-temps, réclamant une fois de plus le 650 M $ qui le mènerait au même niveau que les universités canadiennes, le réseau universitaire québécois crie encore famine.
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FAITS SAILLANTS
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Des déficits,
en dépit d'efforts énormes
À Mme Charest, députée de Rimouski, qui lui demandait « Ça a été quoi les tentatives de recherche de solutions autres que de constater que le sous-financement est présent chez vous? », Mme Leduc répliqua : « Bien, d'abord, on a fait comme tout le monde, on a essayé au maximum de couper nos dépenses ... nous avons réduit le nombre de postes d'employés de manière importante, nous avons diminué de 25 % nos postes de cadres... nous avons tenté d'augmenter nos revenus autonomes dans les cafétérias, les stationnements...; les employés ont accepté une réduction de salaires pendant trois ans; nous avons eu des congés de cotisation des régimes de retraite ... Mais malgré cela, cette année, nous nous trouvons avec un déficit d'opérations qui frise 20 M $. Alors, vous savez, à part de fermer l'Université, je ne sais plus très bien qu'est-ce qu'il nous reste à faire. [...] Nous ne réclamons pas plus que les trois autres universités montréalaises, mais pas moins non plus », d'expliquer la rectrice. Quant à la rationalisation des programmes, Mme Leduc souligne que depuis 30 ans, chaque fois que l'UQAM a ouvert un programme, il lui a fallu faire la preuve qu'il était complémentaire à ceux des autres universités. « S'il y a quelques rationalisations à faire, elles sont très mineures... et cela ne permettra jamais de régler les problèmes financiers ».
À quelques jours de son départ de l'UQAM, Mme Leduc n'en a pas moins relaté quelques bons coups de l'institution, survenus dans un contexte très contraignant (voir Faits saillants). Décrivant la clientèle étudiante de l'UQAM, dont près de 65 % sont d'origine socio-économique moins favorisée, et près de la moitié les premiers de leur famille à venir à l'université, la rectrice a souligné le succès extraordinaire que constitue pour eux l'obtention du diplôme. Le taux de diplômation a d'ailleurs augmenté depuis cinq ans, a mentionné la rectrice. Mais la réussite des études exige des efforts soutenus des étudiants et de l'institution. Or, alors qu'il faudrait plus de ressources pour faire face à ce problème, c'est le contraire qui se produit : l'UQAM dispose de 74 % des ressources des autres universités québécoises, le ratio professeur / étudiants est plus élevé et l'Université affiche le plus haut taux au Québec en regard de la proportion d'enseignement donné par les chargés de cours. Or, tout cela affecte l'encadrement.
Critique
de l'anti-intellectualisme
Profitant de la liberté de parole que son départ lui procure, Mme Leduc s'est permis quelques critiques : « Pourquoi est-ce qu'à l'UQAM nous formons tant de philosophes? ... tant d'artistes... tant d'économistes ou de mathématiciens? d'expliquer Mme Leduc. J'ai le sentiment que nous passons au Québec une période qui m'apparaît terriblement matérialiste par rapport à la chose intellectuelle [...] Quand on nous disait : Si vous formiez vraiment plus d'informaticiens, plus de gens qui travaillent sur les technologies de l'information et les multimédias, puis un peu moins des autres types, peut-être que vous feriez mieux votre mission, ça me hérisse complètement. [...] On parle de la violence chez les jeunes, de la violence dans les familles, c'est un problème humain profond. Comment on le comprend, comment on trouve les racines de ce mal... les manières de le contrer? ... Ça fait partie de la réflexion universitaire et de son travail. [...] Je me demande si on n'a pas trouvé beaucoup d'excuses pour cacher ces grands visages de notre société actuelle. [...] Si le gouvernement juge qu'il ne peut pas continuer à financer l'ensemble de ses universités, j'aimerais bien qu'on le dise rapidement, qu'on en parle ouvertement plutôt que de nous laisser tous mourir de faim. »
1. Pour l'occasion, l'UQAM était représentée par la rectrice Mme Paule Leduc, la vice-rectrice à la formation Mme Lynn Drapeau, la vice-rectrice à la recherche, à la création et à la planification Mme Louise Dandurand et le vice-recteur aux ressources humaines et aux affaires administratives M. Alain Dufour. Mentionnons que le ministre de l'Éducation M. François Legault était cependant absent lors des débats de la Commission, ce 29 février.