Volume XXV Numéro 13, 29 MARS 1999
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LA UNE

La maîtrise en sciences de l'environnement fête ses 25 ans

L'incontournable internationalisation de l'Université




SOMMAIRE DU NUMÉRO


Arts et Éducation
Quatre candidats aux postes de doyens


Des recherches majeures La genèse des langues créoles

Les réseaux d'égouts: un rôle clé dans l'urbanisation

Financement de la recherche universitaire
L'écart Canada / États-Unis atteint des proportions record


Communication
Séminaires et échanges


Quebec a Catalunya
Présence imposante de l'UQAM


Formation en environnement
Défis et enjeux actuels


Prix en marketing social

Appel de candidatures Concours en technologie

Les retraités créent un fonds de bourses

Réinvestir dans l'éducation
Les étudiants de l'UQAM manifestent!

Prix du meilleur plaideur

Travail et santé
Prix d'excellence


Titres d'ici

SOUTENANCES DE THÈSE

Financement de la recherche universitaire

L'écart Canada / États-Unis atteint des proportions record
Les auteurs de l'étude réalisée pour l'Association des universités et collèges du Canada (AUCC). Dans l'ordre habituel, l'étudiant au doctorat en histoire et assistant de recherche au CIRST Jean-Pierre Robitaille et le professeur du département d'histoire Yves Gingras, chercheur au CIRST.

Une étude du CIRST sur le financement de la recherche universitaire révèle que l'écart Canada / États-Unis s'est encore creusé et que le responsable en est le gouvernement fédéral canadien. En outre, on y apprend que la subvention moyenne d'un chercheur américain est trois fois plus élevée que celle de son collègue canadien. Toutefois - bonne nouvelle - le gouvernement fédéral semble avoir reconnu le problème en augmentant le budget des organismes subventionnaires et en créant 14 instituts canadiens de recherche en santé qui gèreront un budget de 484 M $.

L'été dernier, l'Association des universités et collèges du Canada (AUCC) a commandé une étude ayant pour but de décrire la contribution du gouvernement fédéral canadien à la recherche et de la mesurer à celle de son homologue américain1. L'étude a été effectuée par le professeur du département d'histoire Yves Gingras, chercheur au Centre interuniversitaire de recherche sur la science et la technologie (CIRST) et l'étudiant au doctorat en histoire et assistant de recherche au CIRST Jean-Pierre Robitaille.

Que révèle l'étude? Première constatation: « Aux États-Unis comme au Canada, c'est le gouvernement fédéral qui est le principal bailleur de fonds de la recherche », note M. Robitaille. Ceci dit, les chiffres de 1996 indiquent que les octrois fédéraux représentent une part beaucoup plus importante dans les universités américaines (73,4 %) que dans les universités canadiennes (46,6 %). Les diagrammes de la figure 1 (ci-dessous) illustrent la répartition des dépenses dans chaque pays. « Réciproquement, explique le professeur Gingras, la part absorbée par les autres sources de financement, soit les provinces, l'industrie et les organismes sans but lucratif canadiens, est plus importante que celle de leurs vis-à-vis américains. »

Le fédéral élargit l'écart Canada / États-Unis Globalement, les sommes consacrées à la recherche dans les universités ont connu une hausse sensible au cours des douze dernières années, et ce dans les deux pays. Cependant, alors qu'en 1984 le pourcentage du PIB qui y était consacré était fort comparable (0,192 % au Canada, 0,190 % aux États-Unis), les chercheurs observent qu'en 1996, le Canada y investissait 0,218 % de son PIB, alors que nos voisins haussaient la barre à 0,249 %. Principal bailleur de fonds, le gouvernement fédéral canadien est aussi le principal responsable des retards qui s'accumulent. « Le Canada se retrouve sérieusement distancé en 1996. L'écart y a atteint des proportions record », constate M. Gingras, comme le révèle le graphique de la figure 2. Selon les chercheurs, les renseignements disponibles sur les budgets des organismes subventionnaires indiquent que le retard canadien se serait accentué au-delà de 1996.
FIGURE 1
Répartition des dépenses de recherches subventionnée et contractuelle dans les universités selon la source de financement, 1996
* Comprend les OSBL et, dans une moindre mesure, le financement de sources étrangères.

** Gouvernement des États et gouvernement locaux.

Source : Robitaille, J.-P. et Y. GINGRAS, « Le niveau de financement de la recherche universitaire au Canada et aux États-Unis : étude comparative ». CIRST, 11 janvier 1999.

La compétition? Quelle compétition?

Comme si tout cela n'était déjà pas assez, les chercheurs ont constaté une énorme disparité entre la subvention moyenne accordée aux chercheurs canadiens et américains : au CRSH, elle est de 21 824 $, au CRSNG, 35 537 $, alors que l'équivalent américain, la NSF, accorde 116 718 $. En sciences de la santé, le chercheur canadien obtient en moyenne 73 537 $ du CRM pendant que son collègue américain dispose de 223 879 $. Dans le contexte de la mondialisation, le fardeau des chercheurs canadiens s'avère très lourd. « Vous ne pouvez pas demander à un chercheur canadien de compétitionner avec un chercheur américain dans de telles conditions », note M. Gingras.

La part du secteur privé et des provinces « Contrairement à une mythologie qui circule encore beaucoup, ce n'est pas vrai qu'au Canada l'industrie investit moins dans la recherche universitaire qu'aux États-Unis... Au Canada, le sous-financement de la R&D universitaire ne vient pas de l'industrie ni des provinces, mais du gouvernement fédéral. C'est vraiment là que le bât blesse », affirme sans équivoque le professeur Gingras. En fait, toutes proportions gardées, le secteur privé canadien investit même près du double2, soit 17,1 % par rapport à 8,5 % chez nos voisins (Figure 1). Le même constat s'applique aux gouvernements provinciaux, qui assument 20 % des coûts au Canada contre 9,2 % pour leurs homologues des États américains.
FIGURE 2
CANADA ET ÉTATS-UNIS

Dépenses de recherches subventionnée et contractuelle dans les universités (en $ can. courants) 1984 à 1996
Source : Robitaille, J.-P. et Y. GINGRAS, « Le niveau de financement de la recherche universitaire au Canada et aux États-Unis : étude comparative ». CIRST, 11 janvier 1999.

  1. Les organismes subventionnaires financés par le gouvernement fédéral sont le CRSNG, le CRM, et le CRSH. Aux États-Unis, les organismes équivalents sont la National Science Foundation (NSF) et le National Institute of Health (NIH).
  2. Notons toutefois que cet effort coïncide avec une mesure incitative - les crédits d'impôts - adoptée par le gouvernement fédéral en 1991.