Volume XXV Numéro 12, 15 MARS 1999
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LA UNE

Colloque du CEPES
La Chine: un danger pour l'équilibre asiatique?


Budget Landry:
une bouffée d'oxygène?





SOMMAIRE DU NUMÉRO


Désignation du doyen de l'ESG

« Pourquoi je pose ma candidature au poste de doyen? »

Scrutins
Arts et éducation


Coup de pouce à
la jeunesse universitaire


Projet mercure en Amazonie
La source de la contamination : la déforestation


L'UQAM logera un spectromètre de masse valant 1,3 M $

Arts visuels et médiatiques
Nouveau DESS et réforme de la maîtrise


Les conditions des personnes soignantes à domicile

Les disciplines littéraires et la CUP
Des effectifs en pleine croissance


Titres d'ici

Semaine Marketing

Nouvelle direction au SITEL

Échange UQAM-Argentine

Attestation d'études à des Chiliens

Forum sur le volcanisme

Un 8 mars à l'UQAM

Camps de jour du Centre sportif

Avis aux étudiants

SOUTENANCES DE THÈSE

D'ART EN ART
Une semaine d'hommage au théâtre

Les Contes d'Hoffman au menu

« Les démons de Paula »

Des souris... à l'oeuvre

Dernier spectacle des Jeudis déchaînés

Projet mercure en Amazonie

La source de la contamination : la déforestation

L'équipe du projet mercure en Amazonie comprend, pour l'UQAM: à l'avant-plan, dans l'ordre habituel, Pascale Martineu, agente de recherche; Marc Roulet, agent de recherche et Donna Mergler, directrice du CINBIOSE-Centre collaborateur OMS-OPS et coresponsable du projet mercure en Amazonie. À l'arrière-plan, Isabelle Rheault, biochimiste et technicienne de laboratoire; Marc Lucotte, directeur de l'Institut des sciences de l'environnement et coresponsable du projet; Robert Davidson, agent de recherche; Nicolas Soumis, étudiant à la maîtrise en sciences de l'environnement et Elizete Gaspar, étudiante au doctorat en sciences de l'environnement.

Après avoir récemment découvert la source et l'ampleur du problème de contamination au mercure en Amazonie, des chercheurs de l'UQAM et leurs partenaires brésiliens de l'Université fédérale du Para (UFPa) et de l'Université fédérale de Rio de Janeiro (UFRJ) entament la deuxième étape du « projet mercure ». Le Centre de recherches pour le développe- ment international (CRDI) y injecte 690 000 $ sur trois ans. On prévoit ainsi mettre en branle des solutions pour et avec les communautés riveraines de la rivière Tapajos, un affluent de l'Amazone.

Depuis dix ans, plusieurs études ont démontré la contamination au mercure chez les poissons des rivières de la région amazonienne, et les taux passablement élevés de présence du contaminant dans les cheveux des habitants de la région. « Le poisson constitue la principale source de protéines pour la population », explique Marc Lucotte, directeur de l'Institut des sciences de l'environnement (ISE), et coresponsable du projet avec Donna Mergler, directrice du CINBIOSE.

Un étudiant de l'UQAM fait une importante découverte Jusqu'à tout récemment, la communauté scientifique liait la contamination à l'utilisation du mercure dans l'extraction de l'or. Bien que hautement toxique pour les orpailleurs et pour la population des environs, le mercure ainsi libéré dans l'atmosphère n'est toutefois pas responsable de la contamination de l'ensemble de la région. « Marc Roulet, alors étudiant au doctorat en sciences de l'environnement, a découvert que tout le système aquatique de la région était contaminé au mercure, explique M. Lucotte. Il en a aussi déterminé la source, qui n'a rien à voir avec l'orpaillage. Ce sont plutôt les sols, qui une fois déboisés, libèrent le mercure naturel ». Les résultats des travaux de Marc Roulet ont été confirmés par d'autres chercheurs, précise Mme Mergler.

Tant qu'il y avait la forêt, donc, le mercure naturel était stable dans les sols. Mais le déboisement, un problème majeur en Amazonie lié aux pratiques agricoles - on rase et on brûle les arbres - entraîne l'érosion et le relarguage du mercure. Le métal étant bioaccumulable dans la chaîne alimentaire, il se retrouve dans les poissons, puis chez les humains qui les consomment.

« Du côté de la santé humaine, précise Mme Mergler, en utilisant des mesures des fonctions neurologiques très sensibles, notre groupe de recherche (UQAM- UFPa- UFRJ) a observé une diminution des fonctions motrices et visuelles. Les études ont aussi démontré que la quantité de mercure dans les cheveux des gens était proportionnelle à la quantité et au type de poissons qu'ils mangeaient ». Les poissons herbivores accumulent moins de contaminants que les carnivores, et on observe le même phénomène chez les gens qui s'en nourrissent.

Pour contrer la contamination, plusieurs mesures à court, moyen et long terme sont envisagées de concert avec les communautés. D'abord, il faut réduire l'absorption de mercure en adaptant le régime alimentaire, en choisissant des types de poissons moins pollués. Ensuite, travailler avec les pêcheurs afin de localiser les endroits où on retrouve des poissons contenant plus de mercure que d'autres. Enfin, puisque la source du problème vient de la déforestation, il faut planifier le reboisement avec l'idée de retenir le mercure dans le sol, tout en choisissant des essences forestières et fruitières viables à long terme et dont les agriculteurs pourront tirer profit.

Recherche participative et interdisciplinarité Le « projet mercure » démarré en 1995 conjugue les expertises dans plusieurs disciplines : pédologie, toxicologie, agroforesterie, botanique, chimie, sciences sociales... Axé sur la recherche participative, il a également permis de former une quinzaine d'étudiants brésiliens de premier cycle de l'UFPa à Santarem, petit campus situé en plein coeur de l'Amazonie, où loge maintenant « en toute modestie, un des laboratoires1 les mieux équipés d'une grande partie de l'Amérique latine pour mesurer le mercure », d'avouer M. Lucotte. Les programmes de cycles supérieurs en sciences de l'environnement s'implantent. Du côté de l'UQAM, sept étudiants ont obtenu ou sont sur le point d'obtenir leur diplôme de maîtrise ou de doctorat en sciences de l'environnement.

En janvier dernier, la première rencontre d'un réseau interdisciplinaire réunissant des chercheurs, médecins et ONG qui travaillent sur la problématique du mercure en Amazonie s'est tenue à Santarem. Une deuxième rencontre prévue en mai prochain réunira des participants du Brésil, de l'Équateur, du Venezuela, du Pérou, du Canada et des États-Unis.

1. «Contamination au mercure et santé humaine. L'UQAM crée un laboratoire de recherche en Amazonie», Journal L'UQAM, vol.XXII, no. 4, 16 octobre 1995, p.7.